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Génie des structures

Pourquoi les tabliers de ponts au Canada vieillissent plus vite que prévu

Sels de déglaçage, cycles de gel-dégel et qualité d’exécution se combinent d’une manière que nos normes ne saisissent qu’en partie.

Par
Mostafa Ser
Publié le
Temps de lecture
2 min de lecture
Immeuble en béton vieilli à la façade tachée et écaillée
Des décennies d’eau, de sel et de gel laissent leur trace sur le béton exposé.
Sommaire
  1. Trois mécanismes, un seul tablier
  2. Pourquoi l’interaction compte
  3. Ce que montrent les inspections
  4. Ce que peuvent faire concepteurs et gestionnaires

La plupart des ponts routiers au Canada sont conçus pour une durée de vie de 75 ans. Pourtant, de nombreux tabliers en béton nécessitent une réhabilitation majeure après 25 à 35 ans. Ayant supervisé des réparations de tabliers avant mon doctorat, j’ai observé ce phénomène des deux côtés : sur le chantier, au marteau-piqueur, et dans la littérature, à travers les modèles de dégradation.

Trois mécanismes, un seul tablier

Trois processus dominent la dégradation des tabliers en climat froid. Aucun n’est nouveau, mais ils agissent rarement seuls.

  1. La pénétration des chlorures issus des sels de déglaçage, qui finit par dépassiver les armatures supérieures et amorcer la corrosion.

  2. Les cycles de gel-dégel, qui fissurent le béton d’enrobage lorsque le réseau de bulles d’air est insuffisant.

  3. La fissuration au jeune âge due au retrait et aux restreintes, qui ouvre un raccourci à l’eau et aux chlorures.

Pourquoi l’interaction compte

La microfissuration due au gel-dégel augmente le coefficient de diffusion effectif de l’enrobage. Les chlorures, eux, abaissent le point de congélation de la solution interstitielle. Les modèles qui traitent chaque mécanisme isolément tendent ainsi à surestimer le temps d’amorçage de la corrosion.

Le tablier ne sait pas à quel chapitre du manuel il appartient : il subit le sel, l’eau et le gel en même temps.

Ce que montrent les inspections

Sur 18 tabliers inspectés dans le sud du Québec, la teneur en chlorures au niveau des armatures supérieures dépassait les seuils de corrosion usuels dans la plupart des tabliers de plus de 20 ans. Les moins contaminés n’étaient pas ceux à l’enrobage le plus épais, mais ceux présentant le moins de fissures au jeune âge.

Âge du tablier

Tabliers inspectés

Au-dessus du seuil aux armatures

Moins de 10 ans

5

0

10 à 20 ans

6

2

Plus de 20 ans

7

6

Ce que peuvent faire concepteurs et gestionnaires

  • Spécifier et vérifier le réseau de bulles d’air, pas seulement la teneur en air.

  • Traiter le contrôle de la fissuration au jeune âge comme une exigence de durabilité.

  • Prévoir membranes d’étanchéité et scellants là où l’exposition au sel est sévère.

  • Fonder la fréquence des inspections sur des profils de chlorures mesurés plutôt que sur l’âge.

Mon doctorat vise à chiffrer ces interactions pour que les gestionnaires puissent comparer les stratégies de réparation sur une base commune.

Fin de l’article

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